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La Conciergerie de quartier

Tiers-lieu : un espace partagé entre la maison et le travail

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Tiers-lieu : un espace partagé entre la maison et le travail

Ni maison ni bureau : un tiers lieu est un lieu collectif et ouvert où l'on vient travailler, apprendre, réparer ou croiser ses voisins. Le concept de tiers lieu, né du « third place » de Ray Oldenburg, regroupe en France près de 3 500 tiers-lieux : coworking, fablabs, friches culturelles, lieux solidaires, café associatif, jusqu'à la conciergerie de quartier.

Un espace ouvert avant d'être un statut. Un tiers-lieu se définit par son usage, pas par son statut : un espace ouvert, gratuit ou peu coûteux, où la vie collective prime sur la consommation. Les tiers-lieux en France couvrent coworking, fablabs, friches culturelles et lieux solidaires. Leur rôle tient au lien social et au développement local qu'ils produisent.

C'est quoi un tiers lieu, au juste ?

Le mot vient de l'anglais third place. En 1989, le sociologue américain Ray Oldenburg publie The Great Good Place, livre dans lequel il distingue trois espaces de vie : le domicile (premier lieu), le lieu de travail (deuxième lieu) et un troisième, informel, où l'on se retrouve sans obligation. Les cafés, les salons de coiffure, les librairies de quartier ou les bars de New York qu'il observe forment ce tissu de sociabilité ordinaire. Selon lui, ces lieux entretiennent le capital social d'une ville : on y parle à des gens qu'on n'aurait jamais rencontrés ailleurs.

Le concept de tiers lieu a ensuite voyagé. L'éditrice Karen Christensen, qui a travaillé avec Oldenburg, a contribué à le diffuser ; en France, la bibliothécaire Mathilde Servet l'a appliqué aux bibliothèques dans un mémoire de l'Enssib en 2009, et au Québec Marie D. Martel a prolongé cette approche culturelle. Aujourd'hui, un tiers-lieu désigne un espace de sociabilité ouvert, où se mêlent activité professionnelle, loisirs et engagement citoyen.

Trois traits reviennent dans toutes les définitions : l'accès est facile, l'ambiance est neutre (personne n'y est chez soi) et la configuration sociale est horizontale. Un tiers-lieu n'appartient pas à ses usagers, mais ceux-ci contribuent à le faire vivre.

Les grands types de tiers-lieux

Il n'existe pas un modèle unique. Les types de tiers lieux se distinguent par l'activité qui les structure, même si la plupart en combinent plusieurs.

Type de lieuActivité principalePublic typique
Espaces de coworkingTravail partagé, réunionsIndépendants, télétravailleurs
Fablabs et ateliers partagésFabrication, réparation, numériqueBricoleurs, étudiants, artisans
Friches culturellesCréation, spectacles, expositionsArtistes, associations, habitants
Tiers-lieux solidairesInsertion sociale, aide alimentaire, accueilPersonnes isolées, familles
Café associatif, conciergerie de quartierServices du quotidien, rencontresVoisins de tous âges
Tiers-lieux nourriciersJardin, cuisine, circuits courtsHabitants, écoles

Les lieux culturels issus de friches industrielles ont souvent ouvert la voie en milieu urbain. Les espaces de coworking, eux, se sont multipliés avec le télétravail. Les tiers-lieux solidaires, enfin, s'inscrivent dans l'économie sociale et solidaire : l'Escale solidaire de Habitat et Humanisme, par exemple, associe repas partagés, ateliers et accompagnement. Un même tiers-lieu peut d'ailleurs accueillir un atelier partagé le matin et un repas solidaire le soir.

Comment fonctionnent les tiers-lieux au quotidien ?

Le fonctionnement des tiers lieux repose sur un équilibre entre ouverture et économie. La plupart sont portés par une association, une coopérative (SCIC) ou une collectivité, rarement par une entreprise seule. Leurs ressources mêlent location d'espaces, prestations, subventions et bénévolat.

Concrètement, un tiers-lieu fonctionne souvent avec :

  • un espace commun en accès libre (café, salon, tables), qui fait office de porte d'entrée ;
  • des espaces réservables, bureaux ou salles, dont la location finance une partie du lieu ;
  • une programmation d'ateliers et d'événements, construite avec les usagers ;
  • une personne qui anime et accueille, sans laquelle le lieu redevient un simple local.

La gouvernance est l'autre pilier. Dans un tiers-lieu, les usagers participent aux décisions : choix des activités, horaires, règles de vie. Cette participation citoyenne distingue un tiers-lieu d'un espace de travail loué à la journée. En milieu rural, le lieu devient souvent le dernier point de rencontre d'un village ; en ville, il recrée une échelle de quartier que les grands ensembles avaient effacée.

Quel est le rôle des tiers-lieux dans un territoire ?

Le rôle des tiers lieux dépasse l'accueil. En 2018, le rapport « Faire ensemble pour mieux vivre ensemble », remis au gouvernement, les présentait comme des outils de cohésion sociale et de développement local. L'État a suivi en 2019 avec le programme Fabriques de territoire, piloté par l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), qui soutient des tiers-lieux structurants dans les quartiers prioritaires et les petites villes.

Trois effets reviennent dans les études :

  • le lien social : des personnes qui ne se croisaient pas partagent un même espace ;
  • l'insertion sociale et professionnelle : chantiers, formations, premier emploi ;
  • l'innovation sociale : des services naissent des besoins exprimés sur place, comme une bibliothèque d'objets ou un repair café.

D'autres dispositifs ont suivi. En 2021, l'ANCT a désigné des lauréats « Manufactures de proximité », des tiers-lieux productifs qui remettent de la fabrication dans les quartiers ; d'autres sont labellisés par leur région, qui publie ses propres données de suivi. À l'international, le Courrier de l'UNESCO a consacré des articles à ces nouveaux lieux, preuve que le sujet dépasse la seule expérience française. Chaque lauréat reste pourtant avant tout un collectif d'habitants : les dispositifs accompagnent, ils ne remplacent pas ceux qui font vivre le lieu au jour le jour. Un mot d'ordre revient chez tous les porteurs de projet : partir des usages réels du quartier plutôt que d'un modèle importé, et laisser le lieu évoluer avec ceux qui le fréquentent.

Pour suivre l'actualité du réseau et l'actualité des appels à projets, l'association nationale France Tiers-Lieux publie recensements, guides et appels à projets. Son dernier recensement, en 2023, comptait environ 3 500 tiers-lieux en France, dont une part importante hors des grandes métropoles.

Questions courantes sur les tiers-lieux

Quels sont les avantages des tiers lieux pour un habitant ?

Un lieu proche de chez soi pour travailler hors de son salon, rencontrer ses voisins, emprunter un outil ou suivre un atelier. Les avantages des tiers lieux tiennent à cette proximité : moins de trajets, plus de vie collective, des services mutualisés.

Comment créer un tiers lieu ?

Tout part d'un besoin local et d'un collectif. Il faut ensuite un lieu (souvent prêté ou loué à un bailleur), un modèle économique qui mêle plusieurs recettes et une gouvernance partagée. La mise en œuvre prend en général plusieurs années ; les réseaux régionaux et France Tiers-Lieux proposent un accompagnement aux porteurs de projet.

Un tiers-lieu est-il forcément gratuit ?

L'espace commun l'est le plus souvent. Les salles réservées, les ateliers encadrés ou le coworking régulier sont en revanche payants, à un niveau pensé pour rester accessible.

Quelle différence entre un tiers-lieu et un espace de coworking ?

Un coworking vend du poste de travail ; un tiers-lieu peut en proposer, mais son projet est plus large : il vise le lien social et l'ouverture au quartier.

Des exemples de tiers-lieux, jusqu'à l'échelle d'un quartier

Les exemples de tiers lieux ne manquent pas : Darwin à Bordeaux dans une ancienne caserne, les Grands Voisins à Paris dans un ancien hôpital, portés notamment par Plateau Urbain, ou des centaines de cafés associatifs de village. Tous ont en commun d'avoir transformé un bâtiment en lieu de vie partagé. Certains sont éphémères, installés quelques années dans un site en attente de travaux ; d'autres s'ancrent durablement dans une rue et deviennent un repère du quartier, un endroit où l'on sait qu'on trouvera de la convivialité et un conseil.

Une conciergerie de quartier applique ce modèle à l'échelle d'un îlot. On y trouve un café, des tables de travail et un espace de coworking à la journée, des salles modulables proposées en location d'espace pour les associations et les réunions, et des services pratiques : pressing, réception de colis, bibliothèque d'objets.

Le lieu s'étend dehors avec des jardins partagés où les habitants cultivent ensemble, et il se prolonge par des services de proximité qui simplifient le quotidien. Les usages se construisent librement : certains viennent chaque matin télétravailler, d'autres une fois par mois pour un atelier ou une réunion associative.

L'accès aux espaces communs est libre pendant les heures d'ouverture ; les salles de réunion et les ateliers organisés se réservent à l'avance. Aucune condition de statut n'est demandée : habitants, associations, indépendants et porteurs de projets y ont leur place. Le plus simple reste de passer un mardi matin ou un samedi après-midi, pour voir comment ce tiers-lieu solidaire peut trouver sa place dans votre semaine.

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